Voici le courrier adressé ce jeudi 11 février 2010 au préfet du Loiret concernant les violences faites aux femmes :
Monsieur le Préfet,
Dans le cadre de cette année 2010, déclarée Grande Cause Nationale dans la lutte contre les violences faites aux femmes, j'ai l'honneur de vous interpeller pour savoir ce que vos services et vous-même comptez mettre en œuvre pour prévenir et éradiquer ce fléau que sont ces violences pour notre société.
Comme vous le savez sans doute, ces violences, outre les 157 femmes, décédées l'année dernière sous les coups de leurs conjoints, compagnons ou ex, font chaque année près de deux millions de victimes : des femmes en sursis jusqu'aux prochaines violences et leurs enfants.
Autour de ces crimes et assassinats, trop souvent le silence, en dehors des pages « faits divers », est de mise. Silence qui cache pudiquement le désintérêt, voire l'indifférence des autorités, qu'elles soient municipales, préfectorales, départementales, régionales, nationales, toutes confondues.
Pourtant si nous nous taisons, si nous ne mettons pas en œuvre une véritable politique de prévention et de sécurité, nous avalisons cette violence qui se perpétue en silence.
Monsieur le Préfet, Lundi 22 janvier dernier, dans un quartier populaire de notre ville, une femme a payé de sa vie ces violences que l'on qualifie pudiquement de violences conjugales, domestiques ou de drame familial. Les confinant à l'ordre de l'intime et de la cellule familiale, alors que c'est un problème de société. De domination d'un genre sur un autre.
Laissez-moi préciser ici, et c'est important que ces violences se produisent indifféremment dans toutes les couches et catégories socio - professionnelles de notre pays. Qu'elles existent dans tous les quartiers de toutes les villes, des plus populaires au plus chics. Ceci pour ne pas laisser sous-entendre trop facilement, que seuls les quartiers populaires seraient touchés par cette violence.
Que ce n'est pas non plus la prévalence d'une culture sur une autre qui aboutit à ces actes terribles. Mais bien comme je vous l'ai indiqué précédemment la domination d'un être sur un autre et ici, en l'occurrence celle d'un homme sur une femme.
Qu'il a considéré jusqu'à la mort comme un objet, une chose, son objet, sa chose devrais-je dire, sur lequel il s'est arrogé Droit de vie et de mort justement.
Dois-je vous rappeler, Monsieur le Préfet, que la veille de jour, un cas similaire s'est produit du côté de Blois, un autre en début d'année en Eure et loir, en décembre encore dans notre département, la semaine précédente à Provins. Bref, le compteur où s'inscrivent les meurtres de femmes commis par leurs compagnons ou ex, tourne, à vive allure.
Au niveau local, alors que nous avons déjà interpellé à de nombreuses reprises la Municipalité sur ces violences et ce qui était mis en place pour tenter au mieux d'y remédier, au pire d'en atténuer les effets, plusieurs réponses nous ont été apportées :
1) l'ouverture d'un lieu d'accueil et d'écoute pour les femmes victimes, le LAE.
2) l'augmentation de places d'hébergement d'urgence.
3) existence du CIDFF (Centre d'Information sur Droits des Femmes et des Familles)
Or Monsieur le Préfet, ces trois structures devant l'ampleur de la situation dramatique qui est faite aux Femmes ne sont que des pis-aller.
En effet, ce lieu d'accueil et d'écoute tout en faisant un travail formidable, n'est ouvert que du lundi au vendredi aux horaires administratifs. Devons-nous donc indiquer aux femmes qu'elles doivent se débrouiller pour se faire « dérouiller » aux jours et heures dites, sachant que toutes les statistiques le montrent, c'est en soirée et le week-end que le pique des violences commises à leur égard a lieu ? Les différents cas cités plus haut l'attestent.
Par ailleurs, n'est-ce vraiment que du ressort du seul domaine associatif que de faire de la prévention, de l'écoute ou de la protection des femmes victimes de violence ?
Ceci étant un problème majeur de société, devrait être systématiquement du ressort d'un service public.
Quant au quota de places d'hébergement d'urgence, passé de 5 à 10, celui-ci montre combien cette situation est dramatiquement sous-évaluée.
Le CIDFF, lui, faisant un travail d'écoute et d'orientation ne peut prendre en compte toutes les problématiques de ces violences et leur apporter une réponse forte et immédiate.
Par ailleurs, avec la meilleure volonté du monde, ce problème de société ne pourra se résoudre sans réels moyens financiers.
Sur la ville d'Orléans, après notre question orale du 29 janvier dernier en Conseil Municipal, nous avons appris qu'une somme de 18 000 euros avait été allouée au LAE.
Ainsi que 9 000 euros au titre de différentes subventions au CIDFF.
C'est à dire, Mr Le Préfet, moins en investissement que l'achat et la pose de deux caméras seulement de vidéo -surveillance sur notre ville. A ramener au nombre de caméras existantes sur le territoire de notre ville, cela donne à penser combien la prévention des violences faites aux femmes ou bien leur mise en sécurité n'est pas pris en compte comme il se devrait dans notre société.
Pourtant, sur notre département, ce sont plus ou moins 1000 femmes qui ont besoin rapidement d'un hébergement d'urgence. Ce chiffre ramené à Orléans et son agglomération se réduit d'un peu plus de la moitié. Ramené encore une fois à la seule ville d'Orléans, c'est donc plus de 200 places qui seraient nécessaires pour prendre en charge, non seulement ces femmes mais aussi leurs enfants.
Nous sommes donc bien loin avec ces 10 places de la réalité de terrain.
A ce sujet, si la municipalité reconnaît que 73 femmes et 117 enfants ont été aidés par l'intermédiaire du Service d'Accompagnement Immédiat (Association l'Etape) l'année passée, elle ne communique pas sur le nombre de femmes et d'enfants qui ont été renvoyés vers d'autres structures et refusés par manque de places dans cette structure.
Par ailleurs, la durée d'accueil qui est de 1 à 47 jours est elle - aussi complètement dérisoire pour traiter efficacement tous les aspects et l'étendue des problèmes causés par ces violences inacceptables.( suivis psychologique et social des victimes, protection, problèmes matériels et financiers des victimes dont notamment un appartement à retrouver et à meubler, recherche d'emploi aussi etc...etc...)
Encore une fois, nous déplorons que cette tache soit entièrement confiée à une association. Le rôle de nos services publics est bien facilement éludé sur cette problématique majeure et d'intérêt général de lutte contre les violences faites aux Femmes, déclarée Grande Cause Nationale en cette année 2010.
Il ne peut y avoir d'un côté des citoyen(ne)s qui peuvent bénéficier de la protection de nos lois et l'investissement de l'Etat et de l'autre, des victimes qui sont trop souvent délaissées, oubliées par notre République qui leur doit pourtant aide, protection, assistance et justice. C'est malheureusement trop souvent le cas pour les femmes victimes de violences et leurs enfants.
Nous avons, quant à nous, d'ores et déjà, tant au niveau de notre groupe politique au Conseil Municipal d'Orléans que celui en Conseil Général ou au Conseil Régional des mesures concrètes à proposer :
- Bien évidemment l'ouverture 24h/24 et 7jours sur 7 d'un lieu d'accueil et d'écoute, qui se doit d'être un service public.
- Des places d'hébergement en plus grand nombre.
- Ensuite, une politique de prévention à différents niveaux :
Affichage, dans toute la ville, puis aussi dans les services publics, les gares, les écoles, collèges, lycées, avec affichage d'un numéro d'appel simple à retenir, accessible lui aussi 24h/24, 7Jours sur 7, édition de plaquettes informatives disponibles dans toutes les administrations de notre département…Mais aussi interventions de professionnels dans ces mêmes établissements, comme il est fait au niveau de la prévention de la toxicomanie ou autres actions...
- Une intervention systématique de la Police, dès la première violence, le premier appel au secours, avec comparution immédiate de l'agresseur devant le juge et éloignement systématique de celui-ci du domicile conjugal.
Et ceci, tant pour les couples mariés que pour les autres. Ce qu'il est possible de mettre en œuvre pour prévenir la délinquance, doit pouvoir l'être pour protéger la vie de nos concitoyennes, qui rappelons-le forment au niveau national, départemental comme au niveau municipal, un peu plus la moitié de notre population.
Ajoutant que 4 femmes sur 10, ont été, sont, ou seront victimes de violences, je vous laisse juge de l'ampleur du problème.
Il y a bien évidemment d'autres actions à mener et à mettre en place, et nous sommes bien conscients que la Préfecture du Loiret seule, ne peut se battre contre ce fléau.
Il serait nécessaire, notamment de passer des conventions entre les collectivités territoriales, les services préfectoraux, la Région. La vie de nombreuses personnes est ici en jeu.
Notre groupe, ne doute pas un instant que toutes ces mesures et propositions soient du domaine du possible. Il en va de notre responsabilité collective, pour en finir avec ces meurtres « anonymes », où la victime est réduite à un chiffre statistique morbide.
Au nom des élus communistes des Conseils Municipal d'Orléans, Général du Loiret , Région Centre, je veux vous dire notre engagement dans cette lutte et souhaite que nous soyons associés à toutes discussions et élaborations de dispositifs assurant la prévention et la sécurité de nos concitoyennes.
Je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, à l'expression de mes respectueuses salutations.