Voici l’intervention de Maryvonne HAUTIN, maire de Saran, sur le projet métropolitain présentée à l’occasion du Conseil du mardi 11 juillet.

En complément à cette intervention, j’ai déclaré :
On a l’impression que ce projet va tout solutionner. Certes, il comporte des propositions très intéressantes. Mais, nous avons l’impression que le contexte économique et politique est totalement évacué. On a l’impression, Olivier CARRE, que vous ne prenez pas en considération les annonces par le nouveau Président et la nouvelle majorité parlementaire. A savoir :
– 120 000 emplois d’agents publics supprimés dont 70 000 dans la Fonction publique territoriale.
– 10 milliards d’euros de supprimés pour les collectivités locales.

 

Attention aux désillusions après l’euphorie ambiante !!

 

Déclaration de M. Hautin :

Monsieur le Président,

Au printemps nous nous lancions dans la rédaction d’un projet de territoire, à l’été nous nous retrouvons à adopter un manifeste.

Il y a là une mutation qui n’est pas seulement d’ordre sémantique. Il s’agit bien d’un changement de nature du document.

Un manifeste (définition du Petit Robert) : une déclaration écrite, publique et solennelle par laquelle un gouvernement, une personnalité ou un groupement politique expose son programme ».

C’est donc votre vision du territoire que vous nous présentez et non pas un projet partagé autant par les élus que par les habitants et les acteurs du territoire.

Nous comprenons mieux maintenant, la nécessité impérieuse de boucler ce document en 4 ou 5 mois. Nous comprenons mieux aujourd’hui la place minime à peine symbolique laissée aux citoyens tout au long du processus.

Un projet, cela aurait pu être ouvert à l’ensemble des forces vives du territoire, pas seulement aux corps constitués que vous avez sollicités, ou aux quelques personnalités triées sur le volet qui, par les fonctions qu’elles occupent sont, semble-t-il, plus aptes à apporter une contribution que d’autres. Lorsque nous parlons de forces vives, nous parlons de tous ceux qui font vivre notre territoire. Ceux qui y vivent, ceux qui y travaillent, ceux qui s’investissent dans des associations et qui, riches de leurs expériences auraient été tout aussi légitimes pour contribuer à ce projet.

Vous avez laissé le soin aux communes de consulter ou pas les habitants, dans un délai tellement contraint qu’il a été difficile d’organiser quoi que ce soit même si nous avons essayé.

Une fois de plus, vous avez loupé un rendez-vous, peut-être avec l’Histoire, assurément avec les habitants de notre territoire. Vous demandez souvent comment faire en sorte que les habitants adhèrent au projet et se l’approprient. Pourtant,  comme pour l’évolution statutaire de notre intercommunalité, vous avez de fait exclus nos concitoyens de la construction de ce projet. C’est dommage.

 

Ce manifeste est plein de bonnes intentions. On peut souscrire à pas mal d’entre elles. Mais entre le vouloir et le pouvoir il y a souvent un gouffre. Nous avons le pouvoir de nous équiper d’un équipement digne des plus grandes métropoles, nous avons le pouvoir de créer un événement culturel d’envergure qui rayonnera bien au-delà de l’agglomération. Mais nous ne pouvons avoir que la volonté d’améliorer les connexions avec l’Ile de France et les aéroports franciliens et le reste du monde, pour ne prendre que cet exemple. Nous ne sommes pas décideur en la matière. Faisons donc attention à ne pas vendre du rêve et de faux espoirs. La métropolisation n’est pas la potion magique qui va nous faire gagner une compétition entre territoire que nous pensons stérile.

Une note récente de France Stratégie indique qu’entre 2006 et 2013, les Métropoles (Paris et 12 autres métropoles) connaissent une croissance positive en matière d’emploi. Cela pourrait être la preuve donnant raison aux tenants de la métropolisation. Mais, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que raisonner sur des moyennes, peut faire passer à côté de la réalité. En allant dans le détail, on découvre que la moitié des métropoles étudiées sont en fait dans une situation moribonde. Alors méfions-nous des modèles et de la généralisation.

Un territoire ne devient que ce qu’en font ses acteurs. Ne recherchons pas un modèle qu’il faudrait plaquer sur l’Orléanais, Le développement d’un territoire repose avant tout sur ses valeurs et qualités intrinsèques.

Nous avons des spécificités, sachons les utiliser pour en faire les bases de notre développement. Notre agglomération est polycentriques, la ville centre n’est pas un mastodonte, et c’est heureux. Nous agglomération est peu dense et offre un cadre de vie des plus agréables.  Pourquoi ne pas imaginer un projet de territoire original reposant sur ce triptyque. Nous aurions là un modèle original, bien à nous et qui se démarquerait de ce qui se fait ailleurs.

On pourrait passer beaucoup de temps à échanger sur un tel document, mais nous ne retiendrons que quelques thèmes.

Attirer de nouveaux habitants, pourquoi pas. Encore faut-il déjà s’assurer que ceux qui vivent ici puissent continuer à y résider convenablement en maintenant en particulier les services publics au plus près des habitants. Cela ne semble pas le cas aujourd’hui. Par exemple, il se murmure que des bureaux de postes pourraient fermer dans le nord de l’agglomération. Que va faire la métropole pour  éviter cela ?

 Vous parlez souvent de solidarité, mais la solidarité nécessaire en matière de prévention des risques d’inondation, est aussi nécessaire en matière de logement social par exemple. Le développement d’un territoire doit être équilibré pour ne pas sacrifier certains espaces.

Vous avez le projet d’installer une partie de l’université en centre-ville. Dont acte ! Mais cela pose tout de même question : qui va régler la facture alors que l’on connaît la situation financière de notre université ? Où seront hébergés les étudiants alors qu’il n’y a aucune résidence universitaire publique dans le secteur envisagé ? Comment vont être organisés les transports dans un quartier congestionné ?

De tout cela et de bien d’autres choses encore nous aurions aimé prendre le temps de discuter. Un projet de territoire cela ne se construit pas en quatre mois et deux séminaires qui nous donnent l’illusion d’avoir contribué au débat. Notre territoire méritait mieux tant il regorge de richesses et d’atouts.