Déclaration de Dominique Tripet, conseillère municipale Front de Gauche à Orléans, le 14 septembre 2015 :
C’est avec une certaine satisfaction, que nous avons appris que notre ville recevrait de nouvelles familles de réfugié-e-s, via votre déclaration, Mr Le Maire, dans les médias.

Nous avons aussi bien noté vos appels à l’Etat afin qu’il prenne ses responsabilités dans cette affaire, et là-aussi nous acquiesçons, mais avec des réserves de taille.

Car enfin, la Méditerranée n’est pas devenue le cercueil de 29 000 réfugié-e-s, pauvres damné-e-s de la mer, pour rien ? Ils et elles fuient des conflits armés, des guerres économiques menées sans vergogne sur leurs territoires, par nos Etats, plus souvent prompts à piller leurs richesses ou soutenir leurs dictateurs pour les mêmes fins, que de se soucier des conséquences sur ces populations. Et d’un seul coup d’un seul nous découvririons l’infâme sans nous poser de questions sur nos responsabilités politiques ?

Car enfin, qui a reçu il y a peu, à l’échelle du temps et de l’Histoire, un certain Bachar El Assad un 14 juillet sur les Champs-Elysées, accompagné pour faire bonne mesure d’un Ben Ali, Khadafi et autre Sassou n’Guesso ? Qui trouve que Bachar El Assad est encore à l’heure actuelle un individu très fréquentable, et en même temps diffuse via un torchon municipal du côté de Béziers une pensée immonde en titrant ; « Ils Arrivent » ?

Qui a décidé de notre intégration dans les forces de l’OTAN, erreur majeure, alors que notre indépendance nous avait permis d’avoir une politique diplomatique, non calquée sur celle des Etats-Unis ? Evitant ainsi de nous perdre dans le conflit irakien qui a engendré en monstrueuse toile d’araignée les terroristes sanguinaires d’ Al Qaida, de l’Aqmi, Boko Haram, EL et autres Daesch, tous frères siamois d’une même horreur…

Est-ce donc une malédiction pour les populations du Moyen-Orient, d’Afrique de tomber de Charybde en Scylla avec leurs dirigeants successifs ou bien n’est-ce que le résultat de nos politiques menées ?

Encore aujourd’hui, faut-il vraiment se réjouir de la vente de nos armes et autres rafales à des Etats comme l’Egypte, ou l’Arabie Saoudite alors que dans une semaine jour pour jour nous fêterons la journée Internationale pour la Paix ? Faut-il se réjouir de rumeur qui arguerait que la France rentrerait dans un conflit armé en Syrie. Mais pour bombarder qui ? Daesh ? Ou comme le fait l’intégriste turc Erdogan, le Peuple Kurde ? Celui-ci étant le seul rempart résistant victorieusement aux assauts des premiers, se paie encore le luxe d’accueillir, de protéger et de partager avec 20 000 réfugié-e-s yézidies, alors que ce peuple est soumis au blocus turc et à l’encerclement des forces terroristes et syriennes.

Je ne peux à ce propos que regretter que Kobane qui appelle à solidarité pour sa reconstruction, n’ait pas été faite citoyenne d’Honneur de notre Ville.

Alors oui, nous nous réjouissons que 20 familles soient accueillies, mais nous voulons aussi dire et redire que pour nous il ne doit pas y avoir de tri des réfugié-e-s, avec d’un côté les bons et de l’autre les mauvais.

Pas question non plus du eux d’un côté et du nous de l’autre, et encore moins de mépris de classe. La valeur d’un être humain ne s’évalue pas à sa couleur de peau, à son lieu de naissance, à une religion. L’autre est notre frère, notre sœur, notre miroir, un autre nous-même, et il convient que la solidarité remplace les vagues déferlantes et haineuses du rejet qui noient notre pays de façon déshonorante depuis des jours. Notre République vaut mieux que cela tout de même !

Car ce sont bien la haine et les mépris de classe qui font monter les intégrismes. Retrouvons pleinement nos valeurs et arrêtons de faire droit aux ombres brumes, celles qui diffusent leurs effluves pestilentielles et envahissent honteusement notre pays.

Pour en revenir à notre ville, puisqu’il s’avère que cela soit possible, -les derniers jours le prouvent- , de se mettre en urgence autour d’une table pour régler de telles problématiques, pourquoi ne pas en profiter pour ne plus laisser à la rue de jeunes majeurs ou mineurs isolés, des personnes ayant des papiers mais pas de place d’hébergement, des précaires et autres expulsés locatifs, et même, même des femmes victimes de violence.

Pas de priorité dans la précarité. Mais une pour nous élu-e-s et autres représentants de l’Etat : la création d’un guichet unique en Préfecture qui gérerait autant les délivrances de titre de séjour, que les possibilités de logements via la loi DALO, puisque c’est une prérogative Préfecture. Ce guichet unique regrouperait ainsi tous les intervenants auxquels ont affaire les réfugié-e-s, ainsi que ceux que j’ai cités précédemment : Préfecture, département, ville, service juridique du tribunal, caf, ccas, organismes de logements etc…

Ce serait une belle mutualisation ! Et il y a urgence dans tous les sens du terme.

Par ailleurs, il semblerait qu’il y ait eu recensement du nombre de logements disponibles dans les offices publics d’HLM, nous demandons qu’un même recensement soit fait dans le parc privé, notamment du côté des logements vides. Les propriétaires touchent eux aussi maintes aides publiques pour construire leurs logements, bénéficient de nombre de dégrèvements d’impôts et autres niches fiscales, pour qu’ils rendent aussi à la collectivité une partie de ce qui leur a été accordé en participant à la mobilisation générale.

Enfin, pour nous Orléans doit s’inscrire dans le réseau des Villes Solidaires.

Liberté, Egalité, Fraternité dit notre devise, maintenant nous voici au pied du mur.

Faisons là vivre comme nous avons su la faire vivre par le passé, sans oublier toutes les parts d’ombre que nous avons pu avoir. Notre département s’en souvient chaque année pour que jamais elles ne reviennent .

Alors souvenons-nous et soyons dignes du défi qui nous attend.

Dominique TRIPET